C'est le printemps en Suède. Contrairement à l'helvète, qui explose en deux semaines, le printemps suédois (enfin, upplandais) va lentement, ouvrant fleur après fleur tout en reniflant frileusement le ciel d'où la neige peut encore tomber jusqu'en juin. Fin mai, les feuilles des arbres sont juste ouvertes, celles des bouleaux et hêtres encore assez petites et vert vif, et certains arbres plus craintifs n'ont pas encore osé la couleur. Ils sont toutefois peu nombreux et c'est globalement un émerveillement en nuances de vert, assorti des étoiles blanches et jaunes des fleurs des prés et sous-bois (anémones et coucous en tête).

 

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Comme je n'ai pas de photos de quoi que ce soit dont je parle dans le texte, j'ai juste choisi de belles images de bazar pagan / naturel / sorcier.

 

Côté animaux, c'est de la folie. Les canards et oies ont été les premiers à traverser le ciel en grands V pressés et bruyants. Les buses, qui ont erré plus au Sud pendant la grande nuit scandinave, sont revenues en criant tourner dans l'azur. Et puis un matin, il y a deux-trois semaines, j'ai entendu le cri qui fait bondir les coeurs : les grues arrivaient enfin. Il n'y en a pas dans ma région, car les marais ne sont plus présents depuis le 9e siècle environ, mais elles sont passées, signe indiscutable que la Nature revit. Et surtout, on a droit à un monumental concert de machines à écrire vivantes, j'ai nommé les grives litornes, qui n'en peuvent plus, se chassent, se bagarrent, et se gueulent dessus à longueur de journée. Un tapage vivant et sublime qui me ravit. Les mammifères ne sont pas en reste, j'ai croisé une timide femelle élan l'autre jour, les traces de blaireaux s'intensifient, les chevreuils n'ont presque plus peur de rien et même les lièvres, si timides durant l'hiver (malgré leurs nombreuses traces dans la neige jusque sous mes fenêtres), deviennent observables à la tombée du jour.

 

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Tombée est un grand mot d'ailleurs, vu que les soirées s'allongent désormais à n'en plus finir, permettant d'allonger aussi les promenades, à travers des rubans de brume fantasmatiques qui vous couvrent d'une humidité profonde (alors que l'hiver était si sec). Tout comme la nuit s'étirait en longueur en hiver, avec une lumière très basse passant du matin au soir directement, voilà que le jour s'étale à son tour, et on ne voit plus que la moitié des étoiles.

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Dans tout cela, comme vous pouvez l'imaginer, j'ai célébré Beltaine. Pas le 30 ni le 1er mais le 4 mai, nuit de pleine Lune. J'ai bien fait d'attendre, elle était ronde et énorme et jaune et sublime. C'était ma première Beltaine en solitaire depuis des années, ce qui était déconcertant mais aussi très agréable. Prendre son sac plein de bois et aller marcher en forêt quand la lumière baisse et que cet air si particulier du soir humide emplit les poumons. Trouver un amas de rocs faisant face au Soleil Couchant. Y allumer un petit feu et prier et chanter et boire le mjöd, entourée des cris tout fous du printemps. C'était beau et fort.

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Peinture de Margaret Seidler (c).

 

Genava en tant que groupe n'a rien célébré. Je commence à penser que mon absence en est la cause, et que finalement c'est bel et bien moi qui portait tout ce groupe. Peu importe. Les graines de conscience qui devaient germer l'ont fait, et il n'est pas besoin de se prendre la tête avec celles qui sont mortes. Je sais dans quels coeurs la Nature, les traditions, le sacré sont vivaces, et voilà l'important. Je fêterai le solstice en Norvège, avec le Forn Sed Norge, assemblée de la foi nordique-germanique dans ce pays. Je crains un peu les cérémonies trop organisées, mais suis curieuse de voir comment se perpétue cette foi, qui est assez bien reconnue dans le Nord (je vous parlerai d'Uppsala et des collines sacrées une autre fois). Et puis on ne refuse pas un grand bûcher de solstice dans le Hardangerfjord.

 

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Cette image-ci vient du site  http://www.allersretours.com

 

Je pense être arrivée à peu près au bout du grand ménage spirituel que j'ai amorcé il y a déjà des années, et particulièrement approfondi cet automne et cet hiver derniers. J'ai jeté un nombre hallucinant de concepts (certains, j'ai mis du temps à les reconnaître comme tels), et maintenant me voilà revenue à la base, j'ai l'impression. J'essaie de me frayer ma voie sans coller à aucune théorie que ce soit, sans me monter la tête, et sans prendre mes fantasmes pour des réalités. Ce qui est un gros boulot, mais tellement libérateur !

 

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Et comme je suis prise entre mon amour pour deux terres, l'Helvétie et la Suède, je vous propose une chanson traditionnelle suédoise, chantée en suisse-allemand par un groupe argovien (navrée, j'aurais voulu avoir une meilleure qualité d'enregistrement, mais c'est la seule vidéo trouvable de cette tune dans cette version). En voici aussi une version en suédois.