[La Sauvage] Vous vous souvenez peut-être, je suis loin de Genava, en Suède. Je partage mes impressions et quelques images (pas de moi, mais pour vous donner une idée de ce que je vois ici) de ce beau et grand pays. Et de ma petite vie de païenne solitaire pour cette année.

 

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Cet Equinoxe est arrivé... un peu comme celui de l'an dernier, mais en plus violent. Très violemment même, le ciel était bleu et beau ici puis vlan, d'un coup on s'est pris les tempêtes d'équinoxe dans la face. Et ce n'est pas qu'au niveau du ciel que ça a viré : dans la vie aussi, bien des choses qui étaient enfouies depuis longtemps sont sorties au grand jour, toutes nues, pas forcément faciles à regarder en face. Je ne sais pas comment vous lecteurs vivez cet automne, mais pour moi, c'est le moment de la sincérité. J'apprends à assumer tout ce que je suis, tout ce que je vis, et ce n'est pas évident. En tout cas, ça remue très profondément, je suis donc une vraie marmite bouillonnante d'émotions, de réflexions et de questionnements. Attention aux giclées intempestives !

L'une des grandes questions qui est ressortie ces derniers temps, c'est le paganisme et la sorcellerie. Vous avez pu suivre mes errances et réflexions à propos de comment vivre le paganisme aujourd'hui, et vous avez peut-être aussi réfléchi dessus pour arriver à la conclusion que c'était pas facile.

Non, ça ne l'est pas. Parce qu'une fois encore, je me suis rendue compte qu'on est complètement enfoui-e-s dans nos schémas. Comment être vrai-e et pur-e face aux dieux, à l'univers, aux esprits, si on se bouche la conscience avec des schémas (en grande partie directement hérités de la société patriarcale ET du monde moderne) ? J'ai pas mal ragé intérieurement contre beaucoup de courants néopaïens qui, au lieu de se libérer des schémas imposés par des siècles de domination de l'Eglise, les ont simplement renversés, quand ils ne les ont pas repris tels quels. Personnellement, ce que j'aime dans le paganisme, c'est que c'est une croyance, une spiritualité libre. Je ne me définis d'ailleurs pas comme celtisante, ou Asatruar, ou wiccane, mais juste comme païenne, un mot qui englobe les anciennes traditions et la Nature (rappelons encore une fois la définition du mot "païen-ne" : habitant-e de la campagne, soit une personne qui vit proche de la nature, ou dans une nature disons aménagée pour subvenir à ses besoins immédiats) (un milieu entre nature et activité humaine, donc).

Et les courants néo-païens, ou sorciers, sont-ils libres ? Très, très rarement. Ils ont des codes, des étiquettes, des images prédéfinies. Les dieux sont classés en castes, les esprits préfèrent ci ou ça, le monde est composé de quatre éléments (pourquoi 4 ? pourquoi pas 2 ou 26 ?)... Ce ne sont en fait que des religions bien ordonnées, moins que le christianisme ou les autres religions monothéistes, car sans bouquins de référence, mais ça en sont quand-même. Et je ne dis pas que c'est pas bien ! Si Untel se sent bien dans une spiritualité bien ordonnée, tant mieux ! Cette personne a bien de la chance d'avoir trouvé quelque chose de déjà tout prêt qui lui corresponde bien ! Mais moi, ça ne me correspond pas. Et j'ai cru être libre alors que je ne faisais que suivre en aveugle.

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Maintenant, j'apprends à tout jeter et partir à pied. J'apprends à oublier les théories, les classements du monde ou des divinités, les paroles toutes prêtes, les rituels bien écrits et ordonnés. J'apprends à jeter aux orties les outils / traditions / cérémonies / idées que d'autres ont décrétés indispensables et que je n'ai jamais utilisés avec conviction. J'apprends à juste me poser sur une pierre et écouter le Vent. Ecouter mon coeur aussi, ce qu'il veut, ce qu'il aime. Quelles divinités traditionnelles veux-tu aimer, petit coeur ? Qu'as-tu envie de faire quand les nuits égalent les jours ? Quel chant veux-tu hurler à la Lune pleine ? Quelle plante brille pour toi ce soir au bord du chemin ?

 

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Je ne peux pas le faire à la place de quiconque, mais j'ai appris quelque chose d'essentiel avec cet automne aux gros sabots : Ce n'est pas en apprenant des trucs par coeur qu'on devient/est païen-ne ou sorcière. C'est en s'écoutant soi-même et en écoutant la nature et le temps. Etudier les traditions, c'est une bonne base, mais si on y reste coincé, on n'est jamais libre. Alors si vous voulez être libre, jetez tout ça et allez marcher seul-e dehors. Bonne balade !