L'autre jour, Dremmwel et moi avons discuté. Pas beaucoup, mais ce qu'il fallait. Samhain approche, et avec elle la remise en question annuelle...

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Cela fait des années que les choses se bloquent de plus en plus, que les engrenages ne tournent plus, que toute cette immobilité me prend à la gorge et me chuchote le besoin absolu, impératif, de changement et de renouveau. Et depuis un moment, les choses se sont mises à bouger. J'ai senti les prémices de ce renouveau tant espéré l'automne dernier, mais l'hiver qui a suivi, long et froid, m'a bien fait comprendre qu'il ne faut pas aller trop vite : rien n'était mûr encore. Il fallait aller jusqu'au bout, jusqu'à l'immobilité extrême, avant de pouvoir redémarrer. Le printemps n'est pas venu. Nous n'avons pas eu de printemps.

On a quand-même fait semblant d'y croire, on a fêté Beltaine, on a dansé et chanté et cueilli des fleurs, mais je savais bien au fond de moi que ça sonnait faux, j'en ai même eu la preuve la plus absolue le jour même, preuve qui m'a stoppée net dans mes faux-semblants avec la force d'une gifle énorme. Les autres n'ont pas eu l'air de voir, de comprendre, mais pour moi le signe était tellement magistral, tellement évident, que j'en ai vraiment pris plein la figure. J'ai eu beaucoup, beaucoup de mal à m'en remettre. Et puis j'ai compris que, tout simplement, je ne devais pas forcer les choses. Qu'elles avaient besoin de temps. Niveau organisation, Beltaine était une réussite, mais je me demande aujourd'hui si nous avons bien fait de la fêter. Les traditions ont été respectées, mais Bel, Kernunnos, Flora, le Soleil, l'esprit du printemps, aucun n'était là. Nous avons célébré dans le vide - et c'est moi qui en ai pris plein la poire, parce que c'est moi la responsable du schmilblick, forcément.

L'été a fini par arriver, mais sans entrain. Et avec un orage de grêle qui a haché menu l'intégralité des champs de la région ou presque, histoire de bien nous faire comprendre que non, la belle saison n'était pas là, même s'il faisait chaud, symboliquement parlant c'était toujours l'hiver. Qu'on n'essaie pas d'y croire alors que les dieux ou je ne sais qui avaient décidé que non. Je me suis envolée pour le Canada, l'été a été beau, mais toujours comme absent. Je me sentais à moitié figée, de plus en plus. Comme si le temps lui-même était en suspens, comme si les Nornes elles-mêmes attendaient.

Et le froid est arrivé, et l'Equinoxe m'est passé sous le nez, subrepticement, comme un voleur, je ne l'ai même pas vu venir. Et avant que j'aie pu regarder mon calendrier, c'était l'automne, les érables étaient rouge vif et les bouleaux couleur d'or. Pas d'été, mais un automne incroyable, léger et chaud, toujours en attente, mais résolument flamboyant. Comme s'il voulait être encore plus remarquable que d'habitude, parce que les choses changent et qu'il faut dire adieu dans la splendeur à ce qu'on laisse derrière soi.

Image Samhain procession

Et c'est enfin que le Vent a commencé à me chuchoter des rumeurs de changement. Les oies ont crié pour m'avertir, passant dans le ciel dans leurs grands V qui filent vers le Soleil. Les pommes m'ont offert leur rondeur et leur odeur, et j'ai commencé à sentir...

Les graines, les milliers de graines qui ont été plantées depuis des années, qu'on voulait voir sortir le printemps dernier, mais qui n'étaient pas prêtes, graines qui ont dormi tout l'été, ce faux été juste là pour décorer... les graines se sont éveillées. Je ne pourrais pas dire si elles ont déjà germé, peut-être certaines, mais elles sont prêtes, elles attendent encore un peu, parce que la Nature ne fait rien en se pressant, mais je les sens. Tout semble calme, très calme. Trop calme, car ça commence à bouillonner en interne. Je sens ce léger frémissement qui ride à peine la surface du chaudron de Vie. Il est encore très faible, mais il va s'intensifier. Les graines vont germer, elles me le disent, me le promettent, mes doigts me démangent d'agir pour elles déjà... mais il faut encore attendre un peu.

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Et donc, Dremmwel et moi avons discuté.

De Samhain. Et j'ai enfin osé mettre en mots ce que je ressens depuis des années mais qui ne voulait pas s'extraire du buisson bordélique qui me sert de cerveau : Le paganisme et la magie tels que nous les avons connus sont révolus.

Nous en avons toutes et tous marre de la façon de faire que nous connaissons depuis des années. Drem' et moi, en tout cas, nous en avons assez du côté profane des célébrations de nos deux groupes. On se retrouve sous un Mât ou près d'un feu de Solstice, on marche dans la Nature, on boit et on mange, on discute, parfois on chante... Ca, ça va aux Equinoxes d'Automne et de Printemps ou peut-être Lughnasadh et Jul, qui sont des fêtes de société, des fêtes communautaires. Mais à Imbolc ? A Beltaine ? A Samhain ? Ces fêtes d'une force inouïe, où les autres mondes viennent toucher le nôtre ? Où la folie, le rêve, la mort deviennent réalité ? A part les symboles autour desquels nous nous réunissons, nos célébrations n'ont rien de païen. Ce sont des moments que n'importe qui pourrait vivre, en enlevant les symboles ou en les remplaçant par d'autres...

Nous, nous sommes Celtes, Germaniques et un peu Slaves pour certains. Nous sommes païennes et païens, certain(e)s sont même sorcières à leurs heures perdues. C'est normal que ces petites fêtes gentillettes ne nous satisfassent pas. Normal que je grogne quand je n'ai pas eu ma transe cornue de Beltaine ou tourne en rond comme une possédée les soirs approchant du 31 octobre. Comment me satisfaire d'un petit moment entre amis vêtus de noir à marcher en forêt et manger une tarte à la courge, quand galopent dans mon sang les mille esprits fous, grognants, sonnant du cor, noirs, infernaux, de la Chasse Sauvage ?

Alors, ben je ne sais pas. Drem' non plus je crois. On a mis en mots ce qui ne va pas, mais on ne sait pas trop comment concrétiser ce qu'on a dans le coeur. Comment vivre collés à la Nature et ses rythmes quand la vie agraire n'est qu'un souvenir, que les habitants des villages ne se réunissent plus pour veiller les soirs d'hiver, que les jeunes gens ne font pas de farces pour Hallowe'en et qu'on ne chasse même plus l'Hiver à grand bruit à Carnaval ?

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Mais j'ai ma petite idée... Il faut prendre le problème à l'envers !

Les païens et sorciers de ces dernières décennies ont cherché à adapter leurs croyances, leurs traditions et leurs pratiques à la vie moderne, celle de tous les jours, métro boulot dodo et salaire qui tombe (ou pas) tous les mois. A la voiture, à la cuisine toute prête, à la fée électricité, à Internet, à la radio... Certains de ces outils ont été particulièrement bien utilisés, je pense notamment à Internet qui met en relation des centaines et sûrement des milliers de païens - ce blog en est un exemple. Je ne nie pas l'intérêt de cette adaptation à la vie moderne. Mais je pense (et ça n'engage que moi) qu'à présent il faut mettre tout cela derrière nous. Ce n'est plus la Magie qui doit se plier à la modernité, mais bien cette dernière qui doit céder à la Nature, aux dieux, aux Fées, aux Esprits... Parce qu'ils ont été trop longtemps oubliés ou dénaturés. Vient gentiment le temps de leur redonner leur place d'origine, leur place méritée, celle qui n'aurait jamais dû leur être ôtée. La place centrale. Celle du foyer, de l'utérus, de l'Arbre-Monde.

 

par Sìne