Genava

14 février 2017

Et maintenant ?

Un dernier message sur ce blog pour expliquer où en est Genava aujourd'hui :

Genava en tant que groupe païen et sorcier dans la région lémanique n'existe plus. Mais les anciennes traditions ne sont pas mortes en Suisse romande pour autant ! De manière peut-être moins formelle qu'autrefois, des gens continuent de se réunir sur les sommets autour du Léman pour allumer les bûchers du solstice d'été, de construire des huttes de sudation au bord des rivières une fois par hiver... Le Feuillu du pays genevois et les Klausen du Nord-Est de la Suisse continuent de marquer les saisons et les grolles valdôtaines font toujours circuler les breuvages à partager.

Il y a bon espoir pour les traditions anciennes. Malgré les siècles d'oubli, les récupérations douteuses et les mauvaises réputations, elles ne sont pas près de mourir, je crois.

Quant à moi, celle qui a longtemps été connue sous le nom de Sìne ou Syne, je foule encore un temps le sol qui m'a vue naître avant de retourner sur celui qui fait battre mon coeur, là-bas loin au Nord, où les forêts sont infinies. Je suis encore présente ici, mais très peu. Je refuse que le Net ne dévore ma Vie, préférant la dévorer moi-même, et à pleines dents.

C'est bientôt Carnaval. Bon printemps à tout le monde !

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21 juin 2015

Skog, et un peu de cohérence géographique

par la Chèvrelue

Bonjour sans fin de Norvège ! Depuis que j'ai posé mes pénates en Scandinavie, certaines pensées grandissent en moi et je vais tenter de les exprimer dans cet article. Je ne vais pas être gentille (mais pas méchante non plus), je vais juste dire ce que je sens qui a besoin d'être dit. Et écouté, si possible, mais enfin, ça on verra bien ;)

 

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Toutes les photos illustrant cet article sont de Brenda Runahild Dahl. Merci, amie, pour nos discussions, pour notre entente profonde sur tous ces sujets si importants dont celui que j'aborde ici, merci d'avoir été peut-être le dernier élément dont j'avais besoin pour comprendre vraiment la force de la volonté, du rêve, des choix, et pour me soutenir sur un chemin de simplicité, de force et de cohérence que tu suis également.

 

J'ai pris le chemin de la Scandinavie, donc, pas en vacancière, mais pour y vivre, en tout cas un bon bout de temps. Je connaissais l'été, les marais, les moustiques, les rennes de Laponie, le droséra en fleurs, les grues qui s'associent au soleil insomniaque pour vous empêcher de dormir, et les épilobes qui rendent la Finlande toute rose. J'ai découvert la sécheresse suédoise, les bouleaux qui tournent au jaune vif indécent, les lichens qui d'un coup explosent de vie quand les feuilles tombent, et puis la Nuit qui arrive de plus en plus tôt, jusqu'à manger la lumière, ne laissant cette dernière qu'éclairer les branches des pins à l'horizontale pendant à peine trois heures de temps. Cette Nuit qui permet de voir danser les âmes du ciel. J'ai entendu la neige couler du toit et s'écraser en plaques de plusieurs mètres de haut, le silence de la forêt sans oiseaux ou presque, et les différentes branches de la langue scandinave quasi-commune avec chacune son accent et sa façon de dire le G, le R et le SK (et les sourires à la fois amusés et complices que ça provoque chez les locuteurs des autres branches). J'ai marché sur la glace, j'ai avalé l'air terriblement froid en admirant la lumière si particulière du jour d'hiver nordique, si court et si doré. Et puis j'ai entendu le pleur du pic noir, les cliquetis de machine à écrire des grives litornes, le froufrou discret d'un élan qui essaie de se cacher derrière les saules encore gris, j'ai vu les blåsippor si bleues. Et petit à petit, si lentement, j'ai eu droit à tout le déballage indécent du printemps, les fleurs une à unes, puis les oiseaux, puis les broussailles, et enfin les "oreilles de souris" et les autres feuilles. L'explosion de vert. Et puis j'ai bougé, j'ai quitté le sec pour le très mouillé, je me suis pris sur le nez toutes les pluies de la côte Ouest, je me suis retenue de hurler devant les glaciers de juin qui surplombent les vignes au pied desquelles on voit les têtes rondes des phoques. J'ai appris à assembler les contraires, les contrastes intenses norvégiens. J'ai chanté pour les moutons sous une pluie qui a duré des mois, perdu les montagnes si hautes dans un brouillard effaçant le monde à trois mètres des fenêtres, j'ai pagayé entre les pins sur le lac qui ressemble à un fjord, j'ai enfoui ma tête dans la sphaigne au cri des corbeaux et j'ai encore une fois appris à aller me coucher même quand le soleil, lui, s'y refuse absolument.

 

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Je pense à toutes les personnes qui habitent sur le continent (ou ailleurs, plus loin) et qui se réclament des traditions nordiques. Et j'ai un peu du mal.

On ne peut pas parler de Sol et Nott quand on n'a pas vécu entièrement le cycle solaire si particulier du Nord, sa beauté et sa dureté. On ne peut pas chanter les runes quand on n'a pas entendu et soi-même tenté pendant des heures de prononcer le A si rond, le Y si difficile et le SK-SKJ-SJ qui varie d'une région à l'autre mais qui reste toujours tellement ardu. On ne peut pas comprendre la mer, la pluie, la montagne, la glace scandinaves quand on ne les a pas prises sur le visage, la rétine, senti leur force qui fait frémir. On ne peut pas apprécier pleinement les kenningar des sagas et de la mythologie sans les lire ou les entendre dans une langue qui les fait rouler, sauter, chanter sur sa grammaire simple et son vocabulaire si poétique. On ne peut pas comprendre l'idée du landvaett quand on n'a pas vu les coupures si nettes dans la végétation, le sol, l'humidité et la température qui arrivent d'un mètre à l'autre quand on marche en montagne. On ne peut pas saisir le symbole de l'arbre des mondes quand on n'a pas mesuré l'immensité des forêts qui sont la véritable âme de la péninsule nordique (et de la Finlande).

 

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Je ne dis pas qu'on ne peut pas être sincère ! J'ai aimé les traditions, spiritualités et histoires nordiques bien avant de poser les pieds ici, je les ai aimées avec conviction, sincérité, et j'étais véritablement persuadée de les comprendre. Je les ai honorées ainsi et elles l'ont sans doute pris avec amitié et indulgence. Mais je les voyais, les honorais, avec mes yeux de continentale, avec des concepts celtiques, méridionaux, latins en trame de fond. J'ai toujours ma trame de fond ! Mais mon regard, mes oreilles, ma peau, mon sang commencent à comprendre.

On peut aimer, respecter, honorer... mais on ne peut pas comprendre profondément si l'on n'a pas vécu, vu, entendu, senti, pris dans la figure ce qui fait l'essence de ces régions.

 

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Si la personne qui honore les divinités nordiques sur le continent dans son petit coin ne fait de mal à personne, j'ai beaucoup de mal dès que ladite personne commence à s'afficher. Quand, sans comprendre, sans réellement savoir, on commence à vouloir expliquer aux autres. Quand on balance des concepts, des mots (souvent incroyablement pompeux), des idées, sans savoir de quoi l'on parle. Quand on étale un savoir livresque qui ne vaut pas un sou par rapport à l'expérience aux yeux de gens naïfs qui vont prendre ce qu'on dit comme source solide, et le suivre, déformant sans le savoir ce qu'ils aimeraient honorer.

Ca donne Marie des Bois (que j'ai relue récemment, voilà pourquoi j'en parle) qui raconte le lierre poussant sur les grands arbres des forêts du Nord de la Norvège (il y a du lierre au Danemark, sur les îles de la Baltique, Öland et Gotland, sur la côte Ouest norvégienne et un chouia au sud de la Suède... mais c'est tout ! bien avant Vänern il disparaît, le climat étant trop rude pour lui) (quant aux forêts, il s'agit dès Tromsø environ de pins et de bouleaux qui mesurent rarement plus de 4 mètres, et qui vont en diminuant plus l'on monte vers le Nord), ou comment les gens campent au bord des lacs de Hälsingland ou Jämtland sans tente en plein été (sans finir exsangues ?? je veux bien leur astuce contre les moustiques, mouches mordeuses, tiques et compagnie). Ca donne les prononciations terribles qu'on peut trouver partout des noms des endroits, des divinités, des runes, avec des R fantaisistes, des A ouverts, les accents au début des mots (et pas le moindre second accent, pourtant absolument typique de toutes les langues scandinaves), les Y en I, le lac (sjön) qui devient le beau (skön) (et je ne parle même pas du LL islandais, qui nécessite trois bonnes semaines d'entraînement... je pinaille ? si on veut faire quelque chose, autant le faire correctement, sinon... ben on le fait mal, tout simplement) (oui, c'est difficile, je sais, j'ai passé des mois à avoir l'air bête en marchant en forêt à m'entraîner à prononcer tous ces sons inédits). Ou si l'on pousse plus loin dans l'absurde, ça donne la série Vikings, qui met Kattegat dans un fjord (faut qu'ils m'expliquent où ils ont trouvé des montagnes au Danemark) (quel fou rire), Uppsala au milieu des montagnes (j'y ai vécu, je peux vous assurer qu'à part la petite montée de 4 minutes sur la petite crête, ou 1mn30 sur les monts sacrés, c'est littéralement plat à des centaines de kilomètres à la ronde), les deux étant reliés à pied en mars par les personnages (moi aussi j'aimerais bien savoir couvrir autant de kilomètres à pied si rapidement, sans neige et sans souffrir du froid, et marcher sur l'eau) (d'autant plus qu'à l'époque, l'Est de la Suède était recouvert d'eau, la mer étant plus haute qu'aujourd'hui, et Uppsala un chapelet d'îles dans les marais). Ces gens-là n'ont jamais mis les pieds dans les endroits dont ils parlent !

Ca vous paraît facile de critiquer la série ? Pourtant, elle est bel et bien la vision de base de l'histoire et de la mythologie scandinaves pour tout un tas de gens (païen-nes y compris). Et si l'on prononce n'importe comment une langue, on peut arriver à dire bien autre chose que ce que l'on souhaitait (ce n'est peut-être pas grave dans la majorité des cas, mais ça ne veut plus rien dire, et pour le sérieux quand on rencontre un-e locuteur scandinave ben c'est raté) (si on ne sait pas ou n'arrive pas à prononcer ceci ou cela, alors parlons les langues que l'on connaît ! dire "la rune de la parole" littéralement plutôt que "nous" parce qu'on ne sait pas prononcer Os, ce n'est pas bête, au contraire, c'est intelligent : c'est utiliser ce que l'on connaît plutôt que d'étaler ses faiblesses). Quant à Marie des Bois, pour une personne qui est considérée comme une référence dans le milieu païen francophone, se tromper autant sur la faune et la flore d'une région qu'elle décrit, c'est tout simplement ridicule, et de plus ça induit en erreur tou-tes ses lecteur-ices (je n'ai rien contre elle en particulier, mais pourquoi faut-il qu'elle publie à propos de ce qu'elle ne connaît absolument pas ? elle est sans doute très solide sur les traditions celtiques, notamment du Centre-France... eh bien, qu'elle écrive là-dessus, pas sur le lierre de Laponie).

 

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Sortons des traditions scandinaves elles-mêmes pour adapter mes mots à toutes les traditions, si vous voulez bien.

Mon intention avec cet article n'est pas particulièrement de vous inviter à voyager (le voyage intensif n'est pas la meilleure des choses pour l'environnement de toute façon)... mais de réfléchir à la cohérence de vos pratiques et vos savoirs. Et notamment, de vous relier avec le sol, ce qu'en latin on nomme le pagus.

Pourquoi aller chercher à des milliers de kilomètres quelque chose que l'on ne connaît pas et qui n'a pas de réalité ancrée dans la Nature qui nous entoure, au lieu d'utiliser ce qui se trouve sur place ? Chaque région, chaque pays a ses traditions, son folklore, ses divinités, ses lieux sacrés, tous passionnants (et si par hasard il est impossible d'en trouver des traces, des sources, alors inventez selon votre ressenti... votre ressenti de l'endroit lui-même, pas avec des concepts qui viennent du diable Vauvert).

 

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Si, dans un pays comme la Pologne par exemple, à la fois slave, germanique et celte, vous préférez donner à la divinité de l'hiver le nom de Skadhi parce que c'est cette figure-là qui vous parle le plus parmi les différentes divinités de l'hiver du Nord de l'Europe continentale, faites-le. Mais honorer Skadhi par exemple à Marseille, où il ne gèle et neige pratiquement jamais, et où personne n'a jamais fait de ski... c'est absurde. De même pour Njord dans les Alpes (où il n'y a pas de mer), Seth à Dublin (où il n'y a pas de chacals) ou Kerridwen au Canada (où il n'y a pas de sangliers). Sinon on en arrive à l'absurdité, la monstruosité même de l'Amérique, où une divinité du désert moyen-oriental a littéralement assassiné des centaines d'esprits et divinités qui étaient parfaitement adaptés au continent, à la faune et la flore de ces régions (et maintenant on prétend y prier des divinités celtiques ou slaves ? poser en une nouvelle couche d'envahisseurs de ces terres des dieux qui n'ont rien demandé et n'ont rien à voir avec l'environnement de là-bas ? je préfère ne pas y penser, tant tout cela manque absolument de sens et de logique).

 

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Et si on est vraiment fasciné-e par des traditions d'un autre pays ? Qu'on n'y connaît peut-être rien mais qu'on voudrait vraiment ? Peut-être que ce qui est sous nos pieds, autour de nous, ne nous convient pas ? Eh bien, vive la cohérence ! Faisons notre sac et allons voir cet ailleurs qui nous attire tant. Pas en touriste, juste deux semaines à courir d'une attraction à l'autre et faire trois belles photos pour faire envie aux personnes restées au pays et se donner des prétentions de connaisseur-euse (il y en a tant, des comme ça). Non, allons-y vraiment, allons y vivre pour au moins un an, et si ça nous plaît, plus longtemps, allons y mettre les mains dans la Terre, vivre dans la campagne, rencontrer les gens du cru, apprendre la langue, la culture, vivre les traditions telles qu'elles sont réellement, allons marcher, camper dans la Nature, vraiment, rencontrer la faune, constater par nous-même quelle est la végétation, l'ambiance, le climat (je dis "nous" parce que c'est ce que j'ai fait, et continue de faire). Les livres, même superbement bien écrits, ne disent pas cela. Fermons-les et allons nous frotter à ce qui nous fascine, pour de vrai ! Et si l'on ne "tient" pas le climat, la mentalité, la différence de langue... eh bien c'est que l'on était fasciné-e par un mirage, que l'idée qu'on avait de l'endroit était fausse, ou simplement trop idéaliste. Ce n'est pas grave ! Au moins on aura vu, vécu, essayé, et on saura.

 

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On pourrait me dire que ce n'est pas toujours possible, qu'on ne peut pas forcément aller là où on voudrait. Hormis l'âge (beaucoup trop élevé, et encore, ou trop jeune pour être indépendant-e) et les rares difficultés légales (c'est la Corée du Nord qui vous fascine ? pas de bol), c'est toujours possible. Oui, même sans argent (j'en suis une preuve bien claire) (vous connaissez le wwoofing ? voilà un moyen de voir la terre et les gens de près sans débourser un rond pour le logement ni la nourriture). Il suffit de le vouloir, et de faire les choix qui permettent de poursuivre son rêve. Si on ne les fait pas, c'est que l'appel n'est pas si fort que ça, qu'on est retenu-e par autre chose qui a plus de valeur à nos yeux. Ce qui veut dire qu'on fait le choix de ne pas y aller. Et c'est tout à fait respectable. Mais c'est un choix ! Ce n'est pas que le chemin était impossible, c'est qu'on a privilégié autre chose. Et ce sont nos choix qui déterminent qui nous sommes.

 

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Je vous laisse là-dessus, c'est le solstice d'été ce soir, après des mois de pluie voilà qu'on a enfin dépassé les 10°C (les abeilles sortent, mais les moustiques et taons aussi), les champs sont presque tous plantés, la pile de bois pour le feu est prête, immense, on va goûter l'hydromel maison, les tambours frétillent d'impatience et la soleil est décidée à ne pas dormir du tout.

Bon solstice d'été à tout le monde !

25 mai 2015

Feu de Bel solitaire et longues soirées claires

C'est le printemps en Suède. Contrairement à l'helvète, qui explose en deux semaines, le printemps suédois (enfin, upplandais) va lentement, ouvrant fleur après fleur tout en reniflant frileusement le ciel d'où la neige peut encore tomber jusqu'en juin. Fin mai, les feuilles des arbres sont juste ouvertes, celles des bouleaux et hêtres encore assez petites et vert vif, et certains arbres plus craintifs n'ont pas encore osé la couleur. Ils sont toutefois peu nombreux et c'est globalement un émerveillement en nuances de vert, assorti des étoiles blanches et jaunes des fleurs des prés et sous-bois (anémones et coucous en tête).

 

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Comme je n'ai pas de photos de quoi que ce soit dont je parle dans le texte, j'ai juste choisi de belles images de bazar pagan / naturel / sorcier.

 

Côté animaux, c'est de la folie. Les canards et oies ont été les premiers à traverser le ciel en grands V pressés et bruyants. Les buses, qui ont erré plus au Sud pendant la grande nuit scandinave, sont revenues en criant tourner dans l'azur. Et puis un matin, il y a deux-trois semaines, j'ai entendu le cri qui fait bondir les coeurs : les grues arrivaient enfin. Il n'y en a pas dans ma région, car les marais ne sont plus présents depuis le 9e siècle environ, mais elles sont passées, signe indiscutable que la Nature revit. Et surtout, on a droit à un monumental concert de machines à écrire vivantes, j'ai nommé les grives litornes, qui n'en peuvent plus, se chassent, se bagarrent, et se gueulent dessus à longueur de journée. Un tapage vivant et sublime qui me ravit. Les mammifères ne sont pas en reste, j'ai croisé une timide femelle élan l'autre jour, les traces de blaireaux s'intensifient, les chevreuils n'ont presque plus peur de rien et même les lièvres, si timides durant l'hiver (malgré leurs nombreuses traces dans la neige jusque sous mes fenêtres), deviennent observables à la tombée du jour.

 

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Tombée est un grand mot d'ailleurs, vu que les soirées s'allongent désormais à n'en plus finir, permettant d'allonger aussi les promenades, à travers des rubans de brume fantasmatiques qui vous couvrent d'une humidité profonde (alors que l'hiver était si sec). Tout comme la nuit s'étirait en longueur en hiver, avec une lumière très basse passant du matin au soir directement, voilà que le jour s'étale à son tour, et on ne voit plus que la moitié des étoiles.

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Dans tout cela, comme vous pouvez l'imaginer, j'ai célébré Beltaine. Pas le 30 ni le 1er mais le 4 mai, nuit de pleine Lune. J'ai bien fait d'attendre, elle était ronde et énorme et jaune et sublime. C'était ma première Beltaine en solitaire depuis des années, ce qui était déconcertant mais aussi très agréable. Prendre son sac plein de bois et aller marcher en forêt quand la lumière baisse et que cet air si particulier du soir humide emplit les poumons. Trouver un amas de rocs faisant face au Soleil Couchant. Y allumer un petit feu et prier et chanter et boire le mjöd, entourée des cris tout fous du printemps. C'était beau et fort.

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Peinture de Margaret Seidler (c).

 

Genava en tant que groupe n'a rien célébré. Je commence à penser que mon absence en est la cause, et que finalement c'est bel et bien moi qui portait tout ce groupe. Peu importe. Les graines de conscience qui devaient germer l'ont fait, et il n'est pas besoin de se prendre la tête avec celles qui sont mortes. Je sais dans quels coeurs la Nature, les traditions, le sacré sont vivaces, et voilà l'important. Je fêterai le solstice en Norvège, avec le Forn Sed Norge, assemblée de la foi nordique-germanique dans ce pays. Je crains un peu les cérémonies trop organisées, mais suis curieuse de voir comment se perpétue cette foi, qui est assez bien reconnue dans le Nord (je vous parlerai d'Uppsala et des collines sacrées une autre fois). Et puis on ne refuse pas un grand bûcher de solstice dans le Hardangerfjord.

 

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Cette image-ci vient du site  http://www.allersretours.com

 

Je pense être arrivée à peu près au bout du grand ménage spirituel que j'ai amorcé il y a déjà des années, et particulièrement approfondi cet automne et cet hiver derniers. J'ai jeté un nombre hallucinant de concepts (certains, j'ai mis du temps à les reconnaître comme tels), et maintenant me voilà revenue à la base, j'ai l'impression. J'essaie de me frayer ma voie sans coller à aucune théorie que ce soit, sans me monter la tête, et sans prendre mes fantasmes pour des réalités. Ce qui est un gros boulot, mais tellement libérateur !

 

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Et comme je suis prise entre mon amour pour deux terres, l'Helvétie et la Suède, je vous propose une chanson traditionnelle suédoise, chantée en suisse-allemand par un groupe argovien (navrée, j'aurais voulu avoir une meilleure qualité d'enregistrement, mais c'est la seule vidéo trouvable de cette tune dans cette version). En voici aussi une version en suédois.

15 mars 2015

Quel charivari !

Vendredi 20 mars, de 9:30 à 11:30 environ, aura lieu une éclipse solaire visible dans le Nord de l'Europe (elle sera la plus complète aux Iles Feroe, mais le reste du continent pourra en avoir de jolies vues aussi). Elle ne sera pas complète, mais suffisamment intéressante pour avoir une bonne excuse de sortir dehors et lever les yeux.

Grâce au Chat Poron (que je vous recommande chaudement par ailleurs), j'ai re-découvert la coutume du charivari : Il s'agit de cortèges de gens costumés parfois et surtout très bruyants, qui étaient formés à intervalles irréguliers (à différencier en cela du Carnaval). La coutume est attestée en France dès le XIVe siècle et était apparemment dédiée aux couples mal assortis, que les gens des alentours entouraient de bruit afin d'annoncer le mécontement des esprits. Il fallait alors que le couple chevauche un âne, la femme en avant, l'homme en arrière, pour rétablir le calme - ce qui les exposait grandement aux moqueries, mais faisait ensuite taire la région. Mais des sources plus anciennes, notamment dès le VIIIe siècle, mentionnent que les gens se rassemblaient lors des éclipses lunaires et faisaient grand bruit afin de "ramener" la Lune, comme pour éviter de la perdre. Apparemment (je reste sourcée sur le Chat Poron), il est plus difficile de trouver des sources de traditions similaires pour les éclipses solaires, mais en toute logique, le principe peut également s'y appliquer tout à fait !

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Donc, sorcières, païens, traditionnalistes de tout poil : le 20 mars, au matin, je vous invite à sortir dehors, si possible dans un endroit naturel (pas seulement pour les dieux, l'atmopshère, mais aussi peut-être pour éviter quelques problèmes avec le voisinage), et à faire du boucan ! Tambours, trompes, instruments divers, crécelles, ou juste votre plus belle voix de casserole : faites-moi vibrer l'air !

Et en plus, si vous avez bien suivi (ce dont je suis sûre, car en temps que paganistes on a un peu l'oeil collé au calendrier en ce moment où la Nature bouillonne, hm ?), ça va tomber juste juste avant l'Equinoxe de Printemps (qui est officiellement le même soir à 22h45, mais franchement, on s'en cogne de l'heure). Moi je dis, côté symbolisme, ça sent carrément le roussi : un hiver bien chargé, une éclipse solaire suivie dare-dare de l'Equinoxe... Passer à côté de la catastrophe, renaître au tout dernier moment, reverdir enfin... Ca, c'est du lourd ! A vous de l'interpréter à votre façon.

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Rendez-vous vendredi en bruit, donc !

Et excellent Equinoxe à tout le monde !

par Elwidar

16 février 2015

De la neige et des Slaves

Genava est dispersée par monts et par vaux, ici en Suède je marche sur les lacs gelés dans la neige et le vent froid quand d'autres commencent à voir les premiers signes du printemps. Comment célébrer ensemble quand nous ne nous voyons que peu et que nos ressentis du cycle de l'année sont si différents, puisque nous sommes dans des environnements peu semblables ? Imbolc n'a donc pas été célébrée collectivement cette année, bien que des cérémonies personnelles aient eu lieu deci delà.

 

Mais ce dont je compte parler aujourd'hui, c'est d'un problème, hélas.

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Je m'intéresse depuis longtemps aux traditions slaviques, dont Lasher a été l'enthousiaste ambassadeur, et elles sont aussi une partie de mon héritage. Et malgré les problèmes d'alphabets et de langues, je ne peux que m'émerveiller régulièrement devant la force et la vitalité du néo-paganisme slavique, que ce soit en Russie, en Pologne, en République Tchèque ou ailleurs. Ces païens-là déplacent des montagnes ! Ils et elles construisent de nouveaux temples en bois, dressent des idoles sculptées en répliques des anciennes trouvailles archéologiques, et se rassemblent par centaines pour célébrer les fêtes des solstices et équinoxes.

Seulement, j'ai trouvé un exemple de bâtons sérieux qu'on leur met dans les roues : Christianity VS paganism in Russia. Je prends cet article avec quelques pincettes, ne voulant surtout pas crier à la haine, mais ce n'est pas la première fois que j'entends parler de tels actes de destruction des symboles de la foi d'autrui. Et je trouve juste immensément triste, quelle que soit la religion d'ailleurs, et surtout l'une comme le paganisme slavique qui est aujourd'hui tout ce qu'il y a de pacifique (je refuse d'inclure dans le terme "paganisme slavique" les extrémistes raciaux et compagnie), que la haine et la peur de l'autre poussent certaines personnes à de telles extrémités.

Si les idoles sont redressées et réhonorées, si les traditions d'avant le christianisme reviennent un peu dans la vie des peuples d'Europe, c'est que ces traditions apportent quelque chose aux gens, quelque chose que peut-être le christianisme n'apporte pas, en tout cas pas celui d'aujourd'hui, et pas la société actuelle non plus... Qu'on laisse les païens tranquilles ! On a assez de mal à faire vivre nos traditions dans cette société coupée de l'Histoire et de la Nature !

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par La Sauvage


17 janvier 2015

Un petit bain de Suze ?

On a donc fait notre hutte de sudation pour le solstice d'hiver. Dans le Jura, en bordure d'une rivière nommée Suze. Juste quatre givrés, qui ont eu bien froid aux mains, mais bien chaud au coeur, et puis aussi chaud tout court dans la vapeur.

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Ca ce n'est pas notre hutte, c'est juste trouvé sur Gogol pour vous faire une idée.

On n'est pas encore au point pour la construction de la hutte : on a commencé d'une façon, avant de tout démonter pour faire autrement, et mieux. Mais toujours pas parfait. On tâtonne, on cherche, on apprend. Le Feu a eu un mal fou à démarrer, aussi, on a dû laisser tomber le silex pour se rabattre sur des moyens moins ancestraux. Mais après, quelle belle flambée ! Les étoiles, dégagées, y ont fait écho en milliers de petites lumières dans le velours du ciel.

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(c) Aaron Paquette

Puis on s'est mis à poil(s), et hop, dans la hutte ! Les pierres n'ont pas fendu, contrairement à ce qu'on craignait (car le calcaire du Jura, c'est pas l'idéal pour ce genre de bêtises). La vapeur a été intense, et on a encore chanté, ça devient une tradition. En sortant, l'un d'entre nous, un peu fou, a décidé de se tremper dans la rivière... Il faisait certes chaud dans la hutte, mais pas assez pour que tout le monde se décide à passer au bouillon de Suze ! Puis, rouges et pleins de vie, on s'est retrouvés autour du Feu, avant de vite ranger nos affaires et rentrer au chaud.

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(c) David Joaquin

La troisième hutte pour Genava, encore une réussite, même s'il reste du travail... On rêve d'une grande hutte, pleine de chants, belle et bien construite. Un jour ! En attendant on est déjà contents ! Un petit clin d'oeil à nos amis les Vikings, qui ont aussi fait leur hutte dans d'autres montagnes de notre beau pays, et on se sépare jusqu'à la prochaine fête : peut-être Imbolc, peut-être plus tard, on ne sait pas encore.

Bon solstice d'hiver à tout le monde !

16 décembre 2014

Encore une hutte ! (Jul 2014)

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Seraphina court toujours les terres d'extrême-Orient, l'Ent s'est pété quelques os, Aioche a des soucis, le Faune ne répond pas quand on lui parle, la Rousse préfère aller compter fleurette à nos amis les Vikings... mais cinq bestioles de Genava seront tout de même sur pied pour fêter le solstice d'hiver : le Merle, Libellule, Thi, l'Oncle et la Sauvage.

 

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Ce sera dans le Jura, quelque part dans la Forêt qu'on espère enneigée. Avec une rivière pas loin.

Bah oui, c'est important d'avoir une rivière, pour se plonger dedans après la hutte de sudation ! Car évidemment, cette année, on remet en route une hutte de sudation, non pour Imbolc mais pour le Jul cette fois. On va donc une fois encore construire notre cahute avec des branches, allumer un gros feu pour chauffer nos cailloux, et aller se serrer dans la chaleur suante et odorante de la hutte, avant de sortir tâter le froid pour se fouetter le sang !

 

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On vous racontera !

Les tomtes scandinaves et autre bazar Julesque

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En Suède, à l'approche de Jul, c'est l'effervescence comme partout ailleurs : ça décore les maisons et les arbres, ça chante pour Ste-Lucia le 13 décembre, ça fait de la pâtisserie, ça achète et empacte des cadeaux... Mais je ressens une différence ici d'avec ce que j'ai pu voir en Helvétie ou en France. Au lieu du solitaire Père Noël francophone (dont l'imagerie actuelle nous vient tout droit de Coca-Cola), les Scandinaves regorgent de légendes diverses et variées.

Ce n'est pas le Père Noël qui apporte les cadeaux, mais sa version nordique et plus ancienne : le tomte. C'est une sorte de génie qui habite généralement sous la maison, tresse les crinières des chevaux, veille à la bonne marche du domaine et exige son bol de porridge le soir de Jul. Il est généralement petit et contrefait et a aussi un bonnet rouge pointu, ce qui rappelle fortement le cliché du chaman saame. Il est souvent accompagnée du Bouc de Jul, qui porte sur son dos plein de cadeaux, et qui sourit sans cesse. Les cochons sont aussi fortement mis en avant dans l'imagerie campagnarde traditionnelle : survivance des anciens blòti viking du Jul, dédié à Freyr, le dieu Freyr qui chevauche un sanglier et à qui l'on sacrifiait toujours un cochon à l'occasion du solstice.

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Et puis en suédois, le mot "Jul" lui-même a une étymologie intéressante : il veut dire à la fois "joie" (joli est l'un des rares mots français qui découle directement des langues germaniques : qui apporte de la joie) et... "bière". La bière du solstice, brassée tout spécialement pour cette fête, encore une survivance des anciens blòti... Et d'ailleurs, cette tradition de la bière de Noël est observable dans bien des endroits en Europe, je me souviens d'ailleurs d'une brasserie helvète qui...

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En bref, en Suède, les traditions de solstice d'hiver sont très variées, très mélangées (pensons à Ste-Lucia, qui vient d'Italie !) (mais je ne peux m'empêcher de lui voir le visage de Brigid, encore une déesse commune aux peuples du Nord de l'Europe, tiens tiens). Et surtout, vivaces. Je sens que les gens qui sortent la nuit ont encore dans le coeur un petit reste d'étincelle de la possibilité de croiser un troll au détour du chemin. Généralement on croise plutôt des élans ou des corbeaux, mais avoir l'étincelle, c'est important. C'est ce qui manque beaucoup en Europe continentale, à mon avis. La Nature en Suisse ou en France n'est plus que l'ombre d'elle-même, alors qu'en Scandinavie, elle règne. Le froid, la nuit d'hiver, les forêts immenses, la faune grouillante, tout cela lui a permis de perdurer, et par sa force, elle a gardé vivace le respect des humains à son égard. Je le ressens très fortement, et c'est vraiment très beau.

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par la Sauvage

27 novembre 2014

Un menhir sous les avions

Un menhir et des poteries datant d'environ 6000 ans ont été découverts au Grand-Saconnex, tout près de l'aéroport, sur le futur tracé d'une branche d'autoroute.

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On peut saluer la présence d'esprit du Service cantonal d'archéologie, qui était présent sur place pour sonder le terrain avant le début des travaux, permettant ainsi de mettre à jour ces vestiges et surtout de ne pas les détruire par inadvertance...

L'article de la Tribune de Genève est par ici.

24 octobre 2014

Pierres runiques #1

par La Sauvage

Régulièrement en vadrouille dans la belle ville d'Uppsala, je ne manque jamais une occasion d'aller admirer et tenter de déchiffrer les pierres runiques qui se trouvent tout autour de la cathédrale (la plus grande de Scandinavie, à ce que j'ai entendu) (ville christianisée très tôt, Uppsala a connu bien des troubles côté religion : des attaques, des invasions des mercenaires de Jomsborg et autres péripéties !).

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Ce sont apparemment toutes des pierres tombales, érigées en grande partie par le même homme en souvenir de ses proches. Elles ont été trouvées lors de travaux de réfection de la cathédrale, elles étaient plus ou moins enterrées dessous (comme souvent : la civilisation se fait en couches, la plus vieille sous la plus récente).

Je ne peux vraiment déchiffrer ces runes, hormis de très petits bouts, car je ne suis pas assez calée en vieux norrois et que l'alphabet runique utilisé n'est pas celui que je connais. Et les inscriptions à l'époque étaient parfois aléatoires, avec des lettres en moins ou des mots collés ou des trous... Heureusement que les inscriptions ont été légèrement retracées en rouge (ce qui est apparemment la couleur historique, mais qui fait hurler les archéo puristes), ça aide à la lecture... En tout cas, déchiffrage ou pas, ces pierres sont magnifiques et fascinantes !

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Avez-vous déjà vu des pierres runiques (historiques) ? Où ? Qu'avez-vous ressenti à leur contact ? Etaient-elles peintes ou non ? Savez-vous déchiffrer ces runes ? Les comprendre ? Etes-vous déjà allé-e à Uppsala ? Connaissez-vous l'histoire de cette ville ? Rêvez-vous, comme moi, d'ériger un jour votre propre pierre runique ?